Tout ce qui se vit mieux à plusieurs

Un kif, c'est une occasion de kiffer ou de faire kiffer, posée dans sa communauté. Demandé ou offert, ça n'a pas d'importance. Voici quelques exemples de ceux qui circulent entre voisins : la liste n'a rien de limitatif.

Apéro !!!

L'apéro du dimanche soir, histoire de bien démarrer la semaine.

Le plus simple de tous les kifs, et probablement le plus important. Pas d'occasion à trouver, pas de courses à faire : une heure, un pas de porte ou une cour, et ce qu'il reste dans le frigo. C'est là que se règlent les questions bêtes, que naissent les prochains kifs, et qu'on découvre que le voisin du dessus joue de la basse.

Prêt d'outils

Une cintreuse à tuile, un marteau à deux coups et tous ces outils que vous n'utiliserez qu'une fois.

Une perceuse sert en moyenne douze minutes dans toute sa vie. Multipliez par le nombre de foyers d'une rue : ça fait beaucoup de métal immobile dans beaucoup de caves. Dire ce qu'on possède, c'est transformer son garage en petite bibliothèque d'outils : personne ne rachète, tout le monde emprunte, et on récupère son bien avec une histoire en plus.

Bricolage

Changer une ampoule. Monter un meuble Ikea. What else?

Une étagère de travers, une chasse d'eau qui fuit, une notice suédoise indéchiffrable. Il y a presque toujours, à un étage ou deux, quelqu'un qui a déjà résolu exactement ce problème et pour qui ça prend dix minutes. Le kif bricolage sert autant à réparer qu'à apprendre : la fois suivante, c'est vous qui saurez.

Emménagement

A plusieurs tout est moins lourd.

Un canapé dans un escalier en colimaçon, c'est deux heures de souffrance à deux et vingt minutes de rigolade à six. Demander un coup de main pour un déménagement reste le meilleur prétexte qui existe pour rencontrer ses voisins le jour même où l'on arrive. Ça finit par une pizza posée par terre au milieu des cartons, et ça, ce n'est plus une corvée.

Jardinage

Tailler cette ∂ƒ®~ haie.

Une haie qui déborde, un massif à refaire, un compost à lancer. C'est le genre de chantier qu'on repousse six mois quand on est seul et qu'on boucle en une après-midi à trois. Chacun vient avec son outil et son tour de main, on repart avec des boutures et l'adresse d'un bon pépiniériste. Le kif idéal pour apprendre sans cours, et pour que le quartier reverdisse.

Baby-sitting

Ne plus payer le trajet de la baby-sitter

Deux heures de garde entre parents qui vivent à trente mètres, ce n'est pas une prestation : c'est un coup de pouce. Le soir où vous sortez, quelqu'un descend d'un étage ; la semaine suivante, vous rendez la pareille. C'est aussi la manière la plus simple pour les enfants de grandir avec plus d'adultes de confiance autour d'eux.

Vacances sereines

Retrouver des plantes vivantes. Eteindre l'alarme enclenchée par le chat.

Arroser, relever le courrier, nourrir le chat, ouvrir les volets pour que l'appartement ait l'air habité. Cinq minutes par jour pour celui qui reste, deux semaines de tranquillité pour celui qui part. C'est le kif qui transforme un voisin de palier en personne à qui l'on confie ses clés, et c'est exactement ce qu'on appelle un lien.

Récupération de colis

Éviter d'attendre le livreur sur le fameux créneau 8h-14h.

Un colis récupéré par quelqu'un qui était chez lui, c'est une demi-journée de congé économisée et un camion qui ne repasse pas trois fois dans la rue. Le geste prend trente secondes et rend un service démesuré. Il a aussi le mérite de créer une occasion de sonner chez les gens : souvent la première porte d'entrée vers tous les autres kifs.

Prêt de matériel occasionnel

Les gaufriers, raclettes, et autres matériels de régime !

L'appareil à raclette sort trois fois par hiver, la machine à barbe à papa une fois par an, la tente deux week-ends d'été. Ce sont précisément les objets qu'il ne faut pas acheter chacun dans son coin. Les mutualiser libère des placards et du budget, et donne surtout une bonne raison de se retrouver autour de ce qu'on a emprunté.

Prêt de voiture

Éviter d'acheter une nouvelle voiture, mutualiser les coûts d'entretien, libérer de l'espace dans le parking ou la rue.

Une voiture passe l'essentiel de sa vie à l'arrêt. La partager entre quelques foyers qui se connaissent, c'est un second véhicule qu'on n'achète pas, des frais d'entretien divisés et une place rendue à la rue. C'est le kif le plus exigeant en confiance, et donc celui qui dit le mieux où en est une communauté.

Place de parking

Accueillir les ami·es sans qu’ils ou elles se galèrent

Une place vide pendant que vous êtes en déplacement, c'est un ami qui ne tourne pas vingt minutes autour du pâté de maisons. Prêter son emplacement ne coûte rien et change complètement la façon dont on reçoit. À l'échelle d'une rue, ce sont aussi quelques voitures de moins à chercher en tournant.

Pedibus scolaire

Gagner du temps et faire kiffer les enfants ensemble.

Un adulte accompagne à pied les enfants de plusieurs familles jusqu'à l'école, chacun son tour. Les parents récupèrent des matinées entières sur l'année, les enfants font le trajet en bande plutôt qu'à l'arrière d'une voiture, et il y a quelques véhicules de moins devant le portail. Un des rares dispositifs où tout le monde gagne en même temps.

Inter-génération

Créer du lien avec des personnes agées isolées et profiter de leur temps libre.

Beaucoup de personnes âgées du quartier ont du temps, de la mémoire et des savoir-faire, et personne à qui les transmettre. En face, des actifs débordés et des enfants curieux. Réceptionner un colis, garder une heure, raconter à quoi ressemblait la rue il y a quarante ans : l'échange n'a rien de charitable, il est parfaitement réciproque.

Ateliers créatifs

Apprendre et construire plein de choses tout en s'amusant.

Couture, sérigraphie, réparation de vélos, cuisine, tricot : dans un rayon de cent mètres, quelqu'un sait faire une chose que vous avez envie d'apprendre. Un atelier, c'est ce savoir sorti de son salon pour une après-midi. On repart avec un objet fabriqué de ses mains, à peu près le contraire d'un achat en ligne.

Bons plans

Ne rien rater dans le quartier

Le concert gratuit de samedi, le maraîcher qui brade ses invendus le dimanche à midi, le plombier qui répond vraiment au téléphone. Ces informations existent déjà : elles circulent mal. Un fil de quartier, c'est simplement l'endroit où elles arrêtent de se perdre, sans algorithme et sans publicité.

Ces exemples ne sont qu'un début

Un kif, ce n'est pas une catégorie à cocher : c'est ce dont votre immeuble, votre club ou votre rue a envie cette semaine. Une chorale de couloir, un atelier réparation, un ramassage de déchets au bord du fleuve : tout ce qui se vit mieux à plusieurs a sa place.

Entre voisins, c'est là qu'on a commencé. Les mêmes listes viendront pour les collègues, les parents d'élèves ou les clubs, chaque communauté ayant ses propres façons de kiffer.